Daphne du Maurier en Cornouaille

Jamaica Inn Daphné du Maurier Cornouaille 2

 

Ah, se plonger dans les romans de Daphne du Maurier, lové dans un fauteuil avec tasse de thé et feu crépitant dans la cheminée ! Rêver des landes sauvages qu’elle décrit si bien dans L’Auberge de la Jamaïque, d’aventures en compagnie de pirates en dévorant L’aventure vient de la mer ou même retrouver l’univers de Charlotte Brontë dans Rebecca… L’auteur tisse avec talent suspense, romance, crime et surnaturel. Pas étonnant qu’Hitchcock ait adapté sa nouvelle, Les Oiseaux, au cinéma ! Née à Londres, c’est pourtant la Cornouaille qui la passionnera. Elle a 19 ans lorsque ses parents décident d’acheter une résidence secondaire à Bodinnick. Elle reviendra encore et encore dans la région et y finira d’ailleurs ses jours… Elle y trouvait, disait-elle, « la liberté, celle d’écrire, de marcher, de flâner, de gravir une colline, de prendre les rames, d’être seule ». Partons sur ses traces.

 

Ferryside

L’histoire commence à Bodinnick, petit village de pêche sur les rives de l’estuaire Fowey. C’est ici que les Du Maurier trouvent, en 1926, une résidence qui les enchante : une ancienne fabrique de bateaux, au bord de l’eau, qu’ils renomment Ferryside. Les travaux commencent : le rez-de-chaussée n’est plus atelier mais salon lumineux, plus d’entrepôt à l’étage mais des chambres accueillantes et une salle de bain moderne. Le lieu devient immédiatement pour Daphne un home sweet home plutôt qu’une simple habitation.

Revenue sur Londres, elle repense inlassablement aux embarcations colorées amarrées dans le port, au son des rames dans l’eau, aux jetées blanchies par le sol argileux de la région… Elle revient aussi souvent que possible, y écrit son premier roman, La Chaîne d’amour en 1931. C’est grâce à cet ouvrage qu’elle rencontrera son futur mari, le major Tommy Browning. Touché par le livre, il vint jusqu’au village en rencontrer l’auteur. Il l’épousera en 1932, dans la petite église si pittoresque de Lanteglos, à 10 minutes de route du village: bancs en bois du 16ième siècle, gravures, toit vouté comme la coque renversée d’un navire… Ils auront 3 enfants, Tessa, Flavia et Christian, surnommé Kits. Ce dernier habite toujours Ferryside, qui ne se visite pas. Ne désespérez pas : prenez plutôt le ferry de Fowey (nom donné à la fois à la rivière et à une ville) vers Bodinnick : vous aurez ainsi pleine vue sur son architecture bleue et blanche. Le trajet dure une vingtaine de minutes à peine et ne coûte qu’1.80£ l’aller !

Vous aimez les randos ? Une boucle de 6,5 km, assez facile de niveau, commence à Bodinnick. Elle permet de passer par la petite église de Lanteglos, Polruan et Fowey et offre des vues splendides sur la baie, que vous traverserez par deux fois en ferry.

 

Ferryside Daphné du Maurier Cornouaille

Photo by Fowey River Views

Frenchman’s Creek

Plutôt qu’une destination exotique, Tom et Daphné décident de passer leur lune de miel dans la région. Ils partent en bateau et s’installent sur Frenchman’s creek, au bord de la rivière Helford : une crique bordée de chêne, secrète, cachée au regard où l’on entend que le bruit de l’eau et le chant des oiseaux. 9 ans plus tard, elle s’inspirera du cadre pour L’Aventure vient de la mer, une histoire d’amour entre une aristocrate britannique et un pirate français. On estime, il faut dire, que la moitié du brandy et un quart du thé entré en contrebande en Angleterre au 19ième siecle le fut par les côtes de la Cornouaille et du Devon. La rivière compte pas moins de 7 criques, la plus célèbre étant celle-ci, où l’héroïne trouva refuge.

Pour l’atteindre depuis Helford (là encore l’appellation désigne estuaire mais aussi village), plusieurs options. Une boucle de 4,8 km propose une agréable randonnée à travers campagne et forêts de chênes et garantit des vues à couper le souffle. Les plus aventureux loueront bateau à moteur, kayak ou paddleboards auprès de Helford River Boat. Attention, la crique n’est visible qu’à marée basse, demandez donc l’horaire des marées au préalable.

 

Daphné du Maurier Cornouaille Frenchman’s Creek

Photo by Karu Kayaking

Fowey

Durant les 10 premières années de son mariage, Daphné ne passe qu’occasionnellement en Cornouaille, le temps de vacances. En 1943, changement de cap : elle loue une maison sur Fowey et s’y installe avec ses 3 enfants. Difficile de ne pas tomber sous le  charme de la ville, sillonnée d’étroites ruelles, ses maisons accrochées au flan de la colline, toujours très animée. Elle regorge de pubs au bord de l’eau, de boutiques indépendantes, de galeries d’art…

Comme Du Maurier, offrez-vous un afternoon tea au Fowley Hotel. Elle y venait souvent bavarder avec son mentor, l’écrivain Sir Arthur Quiller-Couch. Elle finira d’ailleurs l’un de ses ouvrages inachevés, Château Dor : une adaptation de la légende de Tristan et Iseult dans la Cornouaille du 19ième siècle. Le titre fait référence à un fort de la région, bâti à l’âge de fer. Profitez-en pour lire les lettres encadrées sur les murs de l’hôtel, écrites par Kenneth Grahame (l’auteur du Vent dans les saules) à son fils.

La ville accueille aussi chaque année le un afternoon tea au Fowley Hotel, inspiré par l’œuvre de l’écrivaine. Si une partie des activités (conférences, tours guidés) tournent toujours autour de son œuvre, il s’agit surtout d’une scène incroyable célébrant la littérature internationale.

Du centre-ville,vous attend une autre balade sur la côte, celle menant à la pointe de Gribbin Head (boucle de 6,4 km, niveau moyen). Le chemin longe des prairies parsemées de fleurs sauvages et passe tout près de deux maisons chères à Daphné : Readymoney Cove (qui y a habité quelques années durant la seconde guerre mondiale) mais surtout Menabilly, pour laquelle elle eut un vrai coup de cœur. Ce bijou, comme elle l’appelait, lui servit de modèle pour décrire Manderley dans Rebecca. Cachées du regard par des bosquets d’arbres, les deux demeures sont malheureusement fermées au public. Tout près se trouve Menability Farm, dont le cadre se retrouve dans Ma cousine Rachel et Les Oiseaux. Continuez jusqu’en haut de la colline, admirer la vue sur la baie et les plages alentours. L’auteur venait ici tous les jours se promener avec ses chiens…

 

 

Jamaica Inn et Bodmin Moors

Il est temps d’explorer les landes (ou Moors) de Cornouaille. Daphné s’y perdit un jour brumeux de 1930. Ne sachant que faire, elle laissa son cheval la guider… Il trouve, instinctivement, l’auberge de la Jamaïque, un établissement autrefois connu comme repère de contrebandiers, qui y entreposaient leurs biens. Elle y restera quelques nuits pour s’imprégner de l’atmosphère, écouter les histoires de ship wreckers, qui guidaient de nuit les bateaux vers les rochers de la côte avec leurs lanternes, afin de piller les épaves. Il n’en fallait pas plus pour inspirer un nouveau roman !

L’Auberge existe toujours. L’atmosphère est aujourd’hui plus touristique, bien sûr, les lieux plus accueillants qu’à l’époque. Outre la table et les quelques chambres (dont une dédiée à Daphne), on y trouve un musée de la contrebande…

Tout autour, les landes de Bodmin, aucun arbre, des nuances de bruns, vert, noir à l’infini, quelques chevaux en liberté. La région regorge de ruines datant de l’âge de bronze et compte même quelques cercles de pierre – les sentiers, cela dit, ont plus été pensés pour rejoindre les fermes que pour les balades. Mieux vaut donc récupérer un plan à l’office de tourisme de Fowey. Pourquoi ne pas tenter de rejoindre RoughTor, l’un des plus hauts sommets des moors ? A son sommet, les visiteurs arrangeaient autrefois des larges pierres (certaines pesant 50 kilos !) en pyramide… Au retour, la chaleur de l’Auberge vous accueillera !

 

Jamaica Inn Daphné du Maurier Cornouaille

 

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