L’autre religion de Cuba : la Santería

 

Cuba Havana Santeria Callejón de Hamel street art 12

 

Une semaine à la Havane. En me promenant, inlassablement dans les rues colorées de la ville, mon regard se pose sur l’intérieur des maisons, dont les portes, les fenêtres sont toujours ouvertes pour mieux laisser passer l’air. J’aperçois, souvent des autels de fortune, souvent couronnés d’une poupée portant une robe aux teintes vives. Me voyant bien intriguée, on me répondit “Santería!”, le culte des saints, l’autre religion de Cuba. Mon guide de voyage abordait bien le sujet, mais en 5 lignes… D’une conversation à une autre, j’ai tenté d’en apprendre plus sur cette facette de la culture cubaine qui échappe souvent aux visiteurs. Suivez-moi, c’est un voyage haut en couleurs !

Les origines de la Santería

S’installant à Cuba, les Espagnols décidèrent de travailler les champs de canne à sucre, esclaves africains à l’appui. La plupart étaient Yoruba, un groupe ethnique habitant le sud-ouest et nord du Niger. Arrachés à leur pays, jetés à fond de cale, trimballés sur les océans quelques mois, catapultés en terre étrangères, ils seront aussi forcés de se convertir au catholicisme. Pas le choix ! Enfin, en apparence. Plutôt que d’abandonner leurs Orichás, leurs saints, ils les associeront avec un équivalent chrétien, en piochant dans les aventures de ce dernier, sa personnalité. Ils pouvaient, ainsi, s’agenouiller devant une chapelle dédiée à St Francis et prier Orula.

Avec le temps, les Cubains eurent enfin le droit de choisir leur religion. Officiellement, 60% se considèrent catholiques, 5% protestants, 24% athée, 11% favorisent une spiritualité africaine. Ces statistiques, cependant, reposent sur la “religion principale” : il reste commun d’aller à l’église tout en portant un charme protecteur Santería. 80% de la population ont d’ailleurs adopté une habitude lié à la Santería au quotidien, petite ou grande.

 

 

Les dieux et leurs couleurs

Commençons par la structure. Les Yorubas considéraient le mode spirituel comme divisé entre le dieu tout-puissant Olodumare, soutenu d’orishas (un peu comme les saints ou les anges) et de l’esprit des morts ou eggun. Pas d’église : chaque famille a son autel, généralement dans le salon, dédié à une Orisha, ainsi qu’un autre, plus personnel, consacré à un ou plusieurs ancêtres dans leur chambre à coucher.

L’orisha de chacun/chaque famille sera choisi par un santero ou santera, un prêtre ou prêtresse qui communique avec les esprits et peut lire l’avenir. Le nombre de protecteurs dépasse les 400 mais vous entendrez surtout parler des 7 principaux :

>> Eleggua ou Echu, gardien des chemins croisés, symbolisé par le rouge et le noir
>> Obatala, créateur de l’humanité, justicier dans l’âme, symbolisé par le blanc
>> Yemaya, associé à la maternité, la beauté et les océans, symbolisé par le  par le jaune et l’or
>> Chango, représentant l’énergie et la force, symbolisé par le rouge et le blanc
>> Oggun, assez guerrier et généralement accompagné d’armes ou d’outils en métal, symbolisé par le vert et le noir
>> Babalu Aye, qui veille sur les malades et peut aussi lire le futur, symbolisé par le brun
>> Ochosi, chasseur symbolisé par le marron

La plupart des personnes croyant à la Santería portent de discrets colliers de perles – c’est ici que les couleurs comptent. Cela dit, voyez-la plutôt comme une philosophie de vie – assez douce, aimante, cherchant plus à fixer les soucis du quotidien. Selon les inquiétudes, le santero/santera rajoutera peut-être quelques teintes à la palette ou une infusion botanique.

 

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Iyawó: la symbolique du blanc

Dans les rues de la Havane, on rencontre aussi des hommes, des femmes vêtu tout entier de blanc – des chaussettes à l’écharpe camouflant leurs cheveux. Impossible de ne pas les suivre du regard, subjugué. C’est tout simplement que s’initier à la Santería est vu comme une renaissance, la vie recommence, sur de nouvelles bases. La première année donc, les iyawós se doivent de délaisser bijoux, parfum, maquillage et de ne porter que cette couleur, symbole de pureté. La liste de règles est simple mais longue : ne sortir qu’accompagné, ne pas consommer d’alcool, prendre ses repas à la cuillère plutôt qu’avec fourchette et couteau. Ce sont, vous l’aurez compris, des enfants grandissant dans cette foi. Il semble que cela s’applique également à ceux souhaitant tourner une page dans leur vie : après un traumatisme, un divorce ou même abandonner la cigarette. Mon admiration est doublée, il faut là une sacrée prise sur soi…

 

Cuba Havana Santeria iyawó 3 Cuba Havana Santeria iyawó

 

Regla et la Madone noire

Pour mieux encore comprendre la Santeriá, depuis la Havane, direction la petite ville de Regla, à 15 mn de ferry à peine. Just’à côté du port (qui fut le premier de la capitale), se trouve l’Iglesia de Nuestra Señora de Regla célèbre pour sa Madonne noire. La légende dit qu’elle fut, à l’origine sculptée dans un morceau de bois par St Augustin d’Hippone au 5ème siècle puis amenée en Espagne et enfin à Cuba. Le navire la transportant aurait traversé une tempête enragée grâce aux prières adressées à la sainte. Il n’en fallait pas plus pour la nommer patronne des marins ! Elle fut par la suite associée à Yemaya, protectrice des océans.

Son symbole est si fort qu’Hemingway, qui s’intéressait de près à la Santería, laissa son prix Nobel aux pieds de la Vierge. Plus récemment en 2015, le Pape s’arrêta à un sanctuaire similaire (Notre Dame de la Charité d’El Cobre à Santiago), associant ainsi officiellement église catholique et santería. Nulle surprise, donc que des milliers rejoignent la procession célébrant la sainte chaque mois de septembre.

Vous trouverez d’ailleurs des santeras assises devant l’église prête à vous conseiller, voire prédire votre avenir en échange d’un billet… Profitez-en pour parcourir les rues alentour, une fresque est même dédiée à la Madone noire.

 

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Pousser la porte des boutiques dédiées au Santería

Vous apercevrez, souvent, ces fameux colliers ou des figurines de saints en vente à l’entrée des échoppes. Certaines, bien sûr, sont entièrement consacrées à la Santería, osez en franchir le seuil, c’est toute une expérience ! Demandez, toutefois, avant de prendre une photo. Vous y trouverez de quoi décorer l’autel, les éléments des costumes de danse traditionnelle, des offrandes aux orishas (coquillages, outils miniatures…), des accessoires pour les rituels (dont les palos, des bâtons aux pouvoirs surnaturels) … Mieux vaut maitriser un brin l’espagnol pour en savoir plus.

 

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Callejon de Hamel: street art et rumba

Tout a commencé en avril 90, L’artiste Salvador Gonzalez Escalona décide de réaliser une fresque just’en face de sa maison. Au fil des années, il couvrira tous les murs de la rue, recyclant d’anciennes baignoires en bancs, des pièces métalliques inutilisées en sculpture. Il ne s’agit pas là d’un culte voué à la Santería mais d’une inspiration. Une halte incontournable pour les fans d’art urbain. Soyez prévenus : les jeunes du quartier essaieront de se faire un peu d’argent en vous servant de guide. En tant que touriste, on considère que vos moyens sont bien supérieurs aux leurs et somme toute, ils échangent là un savoir… et se révéleront toujours moins chers qu’un guide officiel ! Si toutefois, c’est compréhensible, vous préférez explorer en paix, revenez donc au matin : vers 9 heures, vous pourrez prendre vos photos en paix.

Salvador Gonzalez Escalona habite toujours là. Son studio se visite et ses œuvres sont à la vente. Vous trouverez aussi un petit café sur place. Surtout, la rue s’est faite une renommée supplémentaire, ces dernières années, pour ses sessions de rumba, le dimanche à partir de midi. Gratuit, intense, électrique – certains y rentrent même en transe. Une tranche de vie cubaine!

 

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24 Comments

  1. 22 Nov ’17 / 08:41

    belle découverte, vraiment jolie :))

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 10:38

      @Stéphane Et quelle page d’histoire!

  2. 22 Nov ’17 / 09:02

    tu es sortie des sentiers battus pour cet article et c’est vraiment top car je ne savais pas tout ça et bravo tes photos sont superbes

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 10:42

      @Girls n Nantes Eva Merci, merci! Je suis ravie que ça t’aie intéressée!

  3. 22 Nov ’17 / 10:23

    Quel merveilleux article, on sent tout l’amour et le plaisir que tu as eu à le rédiger. C’est tellement abordé différent, si instructif, merci pour ce joli moment riche en découverte.

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 23:04

      @Natieak Merci – ça me touche énormément. J’aime bien sortir des sentiers battus 🙂

  4. 22 Nov ’17 / 11:26

    Voilà un pays que j’aimerais beaucoup découvrir. Merci pour cette immersion.

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 23:05

      @Dress Me Je n’ai fait que La Havane et me suis aventurée vers Vinales… Quelle richesse! H6ate d’en voir plus…

  5. 22 Nov ’17 / 11:28

    Coucou,
    Waoh ton article est une pure merveille et tes photos, je suis trop trop fan !
    Bravo à toi et merci pour cet article si enrichissant, ça fait plaisir 🙂
    Gros bisous à toi !

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 23:06

      @Serena Merci – Cuba permet de faire le plein de couleurs!

  6. 22 Nov ’17 / 12:14

    Coucou un lieu qui sort un peu de ce que l’on a ‘l’habitude de voir, vraiment tr-s interessant et les photos superbes, pss j’ai les mêmes collants en noir 😛

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 23:08

      @The City and Beauty Figure toi que les collants sont assez communs dans les fonctions administratives sur La Havane – ceux là en particulier, en noir justement!

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 23:10

      @Golden Cheer Grahams Si tu cliques sur le premier lien (une semaine à la Havane), tu découvriras d’autres couleurs de la Havane!

  7. Coucou,
    Merci pour cette mise au point historique. J’ai appris plein de choses et dévoré ton article !
    Et merci aussi pour la découverte de Salvador Gonzalez Escalona.
    Bref, merciS 😉
    Elodie.

    • Chocoralie
      22 Nov ’17 / 23:11

      @Elodie Ravie que ça t’aie plu! Sacrée page d’histoire, n’est-ce-pas?

  8. 23 Nov ’17 / 11:32

    Merci pour ce voyage. Ce moment de déconnexion et de dépaysement total. Cela fait un bien fou. jolies photos.

    • Chocoralie
      25 Nov ’17 / 21:41

      @BettieRose books Contente que ça t’ait plus – ça fait du bien, parfois, simplement d’aller au-delà des mille images déjà partagées d’un lieu…

  9. 23 Nov ’17 / 14:35

    C’est sympa de decouvrir Cuba autrement avec cette histoire. Les couleurs c’est hyper important dans plusieurs cultures / religions.
    J’aimerais tellement visiter Cuba ^^

    • Chocoralie
      26 Nov ’17 / 01:51

      @Sarah Craft Et oui, même dans la religion catholique! La robe de Marie est parfois blanche – pour sa pureté – parfois bleu, symbole des cieux!

  10. 24 Nov ’17 / 04:56

    Et bien dis donc la cultures diffère bien d’un endroit à l’autre. Merci pour le voyage et la découverte.

    • Chocoralie
      26 Nov ’17 / 01:52

      @La Fée Biscotte Oui – le monde n’en est que plus intéressant!

  11. 24 Nov ’17 / 10:31

    L’art de rue est vraiment fascinant de très belle photo.
    Pour les personnes habillé tout de blanc ça fait un peu bizarre je trouve ça un peu “sectaire” mais bon, chacun ses cultures 🙂
    Merci en tout cas, un article très enrichissant 😀

    • Chocoralie
      26 Nov ’17 / 01:54

      @Julia Il faut de tout 🙂 Les goths favorisent le noir – on rapprochera plutôt ça d’une mode que d’une secte. Ici, le blanc ne dure qu’un temps!

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