Etre blogueur, influenceur, freelancer

 

 

On me demande souvent pourquoi j’ai commencé, un jour, commencé un blog.

La raison est à la fois touchante et purement pratique. Jeune maman, cela me permettait de garder plus facilement souvenir et photos digitales à portée de main. C’était également le moyen le plus efficace de communiquer avec la famille et les amis. A l’époque, les blogs étaient… perso, une sorte de journal tenu plus ou moins régulièrement, avec souvent une sincérité désarmante. Peu à peu, les marques s’y sont intéressées. J’ai recommencé à zéro, me concentrant sur Londres puis les voyages, les découvertes gourmandes aussi. On ne se refait pas!

J’avais encore ce que les gens appellent “un vrai boulot”, admin côté après-vente dans une boîte d’aéro, écrivant le soir et le week-end. Lorsque mon département a fermé, plutôt que de m’orienter vers un autre poste dans la même société, j’ai fait le grand saut. La chance était au rendez-vous : Hachette m’a proposé de faire la révision de leur guide sur les parcs nationaux aux US. Puis Vienne. Puis Londres. Je finis avec un autre auteur la création de celui sur l’Islande. Au programme pour 2017, les îles Baléares et l’Andalousie. En parallèle, je fais des traductions, des articles sur des sujets divers, community manager ici et là.

Je n’ose plus dire que je suis blogueuse. Pour beaucoup, le terme a des connotations négatives : les marques, nettement, me déroulent un tapis rouge en échange de quelques lignes et d’une poignée de photos. Bref, je suis tout le temps en vacances. Inlassablement, j’explique… le côté marketing, ce qui débouche ou pas, le photo shooting voire le stylisme, les interviews, les médias sociaux (Facebook, Twitter, Instagram), éditer les images, écrire (en deux langues, français puis anglais dans mon cas), buzzer encore sur les médias sociaux. Retour à la case départ et recommencer. Ces expériences sont extraordinaires : c’est l’occasion, surtout, de parler à des passionnés, de voir ce qui se passe en coulisse, de comprendre comment est né un grand nom, un produit, un plat. Notons que nous sommes rarement payés à ce point, sinon en nature (repas, voyage…) comme les journalistes qui reçoivent en plus un salaire de leur magazine. Alors, nous développons une expertise dans l’espoir d’attirer l’attention d’une marque et de travailler avec elle.

Face, donc, au sourire condescendant souvent reçu en prononçant le mot blogueur, j’ai tenté le rebranding : travel writer/freelancer. Je ne me vois pas retourner en entreprise. J’aime cette flexibilité fabuleuse de pouvoir bosser où je veux dans le mode du moment que j’ai du wifi. J’organise ma journée comme bon me semble. Je rentabilise les transports en commun en gérant les médias sociaux depuis mon téléphone. Je peux travailler de chez moi si les enfants sont malades plutôt que de devoir affronter le soupir de mon chef, un brin énervé que son employée demande une journée de congés en dernière minute parce qu’elle est maman. Je peux faire des revues sur Londres du matin au soir et me concentrer sur un article à 23 h. Cela dit, je travaille plus d’heures qu’avant, souvent 7 jours sur 7 et je ne déconnecte pas pendant les vacances. Etant donné la concurrence sur le marché, si une opportunité se présente… Surtout, j’apprécie de travailler avec plutôt que pour des gens. Les clients ne sont pas forcément faciles mais tout de même, je note nettement plus de respect de part et d’autres.

Enfin, presque toujours. Ce qu’on oublie de vous dire, avant de vous lancer dans le freelance, c’est la partie salaire. Vous allez avoir de nombreux clients, donc de nombreux (mais pas forcément gros) paiement. Quel que soit le devis que vous avancez, il sera toujours trop cher pour le budget du dit client (s’il en a un, les blogueurs me comprendront). Même si votre interlocuteur est extra et efficace… son équipe financière, dans 80% des cas, ne le sera pas. Si je semble penser tout travail fait à temps demande salaire, la finance, elle voit que ralentir le processus lui offre un meilleur cash flow. Je passe une partie de mon temps à réclamer mon dû, parfois des sommes absurdes. Il faudra des semaines voir des mois. Je suis considérée comme une société avec des ressources, des économies, donc je peux attendre. Ou alors, on croit que j’ai “un vrai boulot” à côté et qu’il s’agit juste de mettre du beurre dans les épinards – donc je peux attendre. Le concept loyer et factures à payer semble ne pas exister.

Jusqu’à présent, j’ai toujours été payée au final. Avant Noel, shoutnews.net  m’a contactée pour un post sponsorisé que j’ai mis en ligne en temps et en heure. Depuis janvier, je relance. Le 16, on m’a dit que le message avait été passé à l’équipe financière, le 25, de même en soulignant que c’était urgent. Depuis, rien. Les messages restent sans réponse. Pas de numéro ni d’adresse sur le site. La boite semble être aux US. Que faire? Des conseils? Quelle perte d’énergie…

Alors la prochaine fois que vous croisez un blogeur, un influenceur, soyez sympa, rappelez-vous que chaque médaille  son revers et que notre salaire… c’est un peu comme de remettre un puzzle en place malgré les supers opportinités qu’amènent ce job!

 

 

what you need to know about bloggers and freelancers

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6 Comments

  1. Manue
    5 Feb ’17 / 09:08

    Et bien justement je me posais la question sur ton métier pas plus tard que cette nuit ! Merci pour ces explications claires :). J’imagine que ce ne doit pas être évident tous les jours ! Je t’admire beaucoup 🙂

    • Chocoralie
      20 Feb ’17 / 11:18

      @Manue Il faut jongler, dirons-nous… 🙂

  2. 7 Feb ’17 / 12:46

    je comprends tout à fait …. même sans être freelance je suis parfois confrontée à ces problèmes de retard de paiement …. c’est hélas récurrent. Heureusement c’est tellement enrichissant du point de vue des contacts et rencontres que l’on peut faire …

    • Chocoralie
      20 Feb ’17 / 11:16

      @argone Ayant travaillé en entreprise, je sais comment les départements finance fonctionnent… Ce serait sympa de rester dans les délais annoncés, tout simplement…

  3. 22 Apr ’17 / 20:53

    Cet article a un écho étrange en moi… Tout mon “travail” et mes efforts pour créer mon univers, mon blog, prendre des contacts, me faire lire, ont été réduit à presque rien en l’espace de 6 mois, parce que j’ai repris un “vrai” boulot… alimentaire, par peur de l’avenir… Un gâchis, après réflexion… :/
    Je t’admire, et t’envie, car tout n’est pas rose dans le monde des “blogueuses”, tu as tenu, tu as du talent, tu le mérites!!!

    • Chocoralie
      24 Apr ’17 / 12:04

      @TeaDogRocknRoll Merci! C’est un univers… pas forcément facile, en effet… mais cette flexibilité de temmps, même si je suis connectée en permanence, même si le 100% vacances n’existe pas… c’est priceless. Et puis… qui sait, tu peux repasser dans le monde freelancer, après tout, tu as un talent fou toi aussi!!

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